Nabire et les requins baleine

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*Mai 2017, ce voyage est réalisé dans le cadre de notre « tour du monde à notre façon », pour connaître le pourquoi du comment c’est

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Voyager en Papouasie ça se mérite !

C’est loin et pas simple d’accès, relativement cher (enfin, nous verrons au fil des étapes que tout dépend comment on s’y prend) et ça se fait plutôt en free-style pour ceux qui comme nous ne souhaitent pas passer par une agence, en gros on ne peut jamais être sûr de rien à l’avance. Peu de routes sur place, tout se fait en avion.

Mais la Papouasie… c’était un de nos rêves! En plus cette région du monde se trouve dans notre pays fétiche, l’Indonésie ! Il fallait donc que ce soit sur notre liste  de cette année si spéciale !

Vous devez connaître la « Papouasie Nouvelle Guinée ». C’est le nom de l’île et de sa partie Est qui est indépendante. Côté Ouest c’est Indonésien . La conquête de cette partie de l’île ne s’est pas faite dans la douceur, et encore aujourd’hui les Papous sont malmenés voire maltraités part le gouvernement Indonésien qui veut les soumettre et qui clairement profite d’eux. Ainsi la population est pour une moitié composée de papous et pour l’autre d’ « immigrés » Indonésiens. On les distingue très facilement car leur physiques sont très différents. Le racisme est malheureusement présent… Aucun papou n’occupe de poste important, les « richesses » se partagent en général entre les Indonésiens venus d’autres îles.

Il nous aura fallu une quarantaine d’heures pour venir depuis la France et pas moins de 5 vols différents ! Marseille-Londre-Kuala Lumpur-Jakarta-Ambon-Nabire.

Nabire, notre première destination était un choix audacieux.

Nous y sommes venus sans réellement savoir si nous allions y trouver quelque chose d’intéressant sur place. Enfin, si, je savais qu’il y avait quelque chose de très intéressant, mais nous nous refusions à payer le prix fort (impossible de caser ça dans dans le budget!) alors… j’ai cherché, cherché et encore cherché une solution, depuis des mois… Sans grand succès… Nous avons hésité à changer de plan et à supprimer l’étape et puis on s’est dit « qui ne tente rien n’a rien »  le vol est réservé, on y va!

J’avais tout de même un espoir, celui de réussir à trouver un contact sur place pour nous aider. J’ai fait confiance à mon intuition et à la chance…

Bon, assez de mystère (même si la photo en haut vous aiguille! Et le titre oups!), ce dont je vous parle, cette activité mystérieuse et fantastique, c’est de pouvoir nager avec des requins baleine, soit le plus gros poisson du monde ! Entre 5 et 15 mètres de long !!

J’avais connaissance qu’on pouvait faire une telle chose aux Philippines. Il y a deux endroits connus pour ça. L’un est très très touristiques et « organisé ». Les locaux nourrissent les requins baleine de façon à les garder sur place et font payer un droit d’entrée, ce n’est pas excessivement cher je crois, mais par contre les gens y viennent par dizaines sans arrêt et comme souvent on peut y voir des comportements inappropriés… On n’est pas fans de ce genre de chose où l’animal est utilisé à des fins commerciale. L’autre endroit est plus éthiquement correct mais par contre les chances de croiser ces gros poissons sont incertaines. Bref, si nous y avions pensé rapidement, l’idée d’aller faire ça dans ce pays avait été écartée.

En Papouasie, si on a un budget conséquent, soit autour de 300€/personne minimum (juste pour la sortie en mer, bien plus avec l’hôtel, l’organisation etc) il n’est pas trop difficile de réussir à organiser un tel trip. Mais voilà, pour nous, il fallait trouver la même chose mais beaucoup, beaucoup moins cher!

J’avais réservé depuis la France deux nuits dans une guesthouse, le « Kamusioh homestsay » et rien d’autre.

Nous nous donnions en gros entre 3 et 5 jours  pour réussir notre mission, le moins serait le mieux pour garder davantage de temps pour la suite du voyage. Le coin est très peu touristique. Seuls quelques touristes s’y aventurent chaque année et souvent en venant passer quelques jours dans un Resort spécialisé en plongé, le tout organisé à l’avance ou carrément en croisière plongée dans la Baie de Cendrawasih. A part ça rien à faire de spécifique dans cette zone de la Papouasie. Par chance je suis tombée sur cette mignonne guesthouse qui a ouvert il y a peu, les deux ou trois autres adresses présentes sur le net semblaient vraiment défraîchies ou chères .

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Premiers contact, première journée :

 

La propriétaire , Myriam, m’a tout de suite plu ! Alors que nous n’avions rien convenu, elle est venue nous accueillir à l’aéroport avec sa moto, et nous a mis dans un taxi direction chez elle (100 000rp pour 5km, au retour nous prendrons deux motos taxi, 0,80 centimes contre 8€ en voiture!).

Un sourire charmant, un regard franc, une douceur mêlée à une force naturelle se dégageaient de cette femme au type mélanésien légèrement marqué. Son rire et ses mimiques me font penser à mes amis polynésiens, je trouve que son faciès se rapproche davantage d’eux que d’autres papous aux trais plus grossiers et à la peau plus foncée.

J’ai fini d’être conquise une fois que nous sommes arrivés. Une jolie maison colorée d’une propreté irréprochable (et on sait combien c’est rare!), une jolie chambre avec clim, savon, shampoing, eau, café, thé, une cuisine commune où on peut se faire à manger, un salon de repos/télé et un joli jardin. Pour couronner le tout elle nous annonce que pour le soir elle nous offre à manger car nous devons être fatigués… Tout ça à environ 17€ la nuit. Que dire… Encore une rencontre qui fait chaud au cœur … Après ce long trajet cela nous a vraiment fait du bien.

Seul hic, c’est que d’entrée nous avons eu droit à coupure d’électricité et d’eau (car notre chambre à l’étage était approvisionnée par une pompe). Antony a eu le temps de se doucher mais moi, à peine j’attrapai le savon que… plus d’eau ! Une chaleur et une moiteur épouvantable, et du coup, pas de clim non plus… Nous avons mangé en dégoulinant et j’ai fini par aller me laver dans l’arrière cuisine où là, le robinet fonctionnait. Enfin, ça , ça fait partie de l’aventure ! La clim est revenue dans la nuit et nous avons pu dormir tranquille ! Enfin presque, car le décalage horaire m’a fait passé une nuit agitée.

Le premier jour j’avais pour mission de trouver comment organiser notre fameuse excursion à moindre frais. Je savais que je risquais d’échouer…. J’avais déjà demandé à la proprio par email et les prix qu’elle m’avait donnés étaient bien ceux que j’avais. Aucune négociation possible d’après elle, ce sont les pêcheurs qui fixent les tarifs et elle même n’arrivait pas à faire baisser. En gros cela coûte 7 000 000 de roupies le bateau (donc nous, pour deux personnes, mais si on est plus nombreux c’est plus intéressant) plus 1 000 000 par personne pour l’entrée dans la baie sur place. 9 000 000 en tout pour nous, en gros 600€. NO WAY !

Je vous fais la version courte (je détaillerai peut-être toutes les possibilités dans mon livre car je pense que cela peut faire un chapitre!), mais à force de recouper avec elle des informations que j’avais trouvées ici et là, et avec un peu de chance, nous avons réussi à trouver un plan pour 3 000 000  tout inclus!!! Miraculeux  n’est ce pas !? Même elle n’y croyait pas ! (Pas de taxe d’entrée à payer en plus, à priori ce n’est pas quelque chose d’officiel donc tout dépend par qui on est amenés sur place.)

A ce moment là je me suis sentie soulagée ! J’aurais vraiment été déçue qu’on soit venus jusque là exprès pour rien (car c’était loin de là où nous allions ensuite !)

Après ça, pour ce premier jour nous avons baladé un peu en ville (qui ressemble plutôt à un gros village en dehors de la grande route). Nous avons retrouvé avec bonheur cette ambiance Indonésienne désormais familière. Je ne sais pas, c’est dans l’air, je me sens immédiatement « chez moi » ! En deux heures de balades nous avons répondus à des dizaines de sourires et de « hello » et serré autant de mains. Les gens s’arrêtaient parfois carrément en scooter au milieu de la route pour nous saluer les yeux brillants de gentillesse. C’est la sixième fois que nous venons en Indonésie alors on sait très bien comment c’est, mais à chaque fois je suis autant subjuguée par tout ça ! Tant de chaleur chez ces gens c’est trop beau ! Nous avons aussi apprécié recommencer à parler Indonésien, et avons passé du temps sur notre Harap’s histoire de nous améliorer. La Papouasie c’est idéal car pas grand monde ne parle anglais ! Nous avons pu clairement voir le mélange des origines et des cultures, les églises côtoient les mosquées, les cheveux lisses les cheveux crépus.

Il y a la plage partout… mais… pas la peine de penser à s’y reposer c’est juste une bande de sable gris jonchée de détritus. Plus loin, à 1H de la ville paraît il qu’il y a une belle plage…

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Deuxième jour, rencontre avec un géant :

La seconde nuit fut encore plus dure que la première. Endormis très tôt à 20H nous nous sommes réveillés en pleine forme à 22H ! Impossible de dormir avant 3H, et le réveil à sonné à 5 !

Pas grave, les yeux piquent mais l’énergie est là, nous partons voir les requins baleine !! Youhouu

Toujours aux petits soins, Myriam et la jeune fille qui l’aide s’affairent déjà dans la cuisine pour nous préparer un solide petit déjeuner et un copieux pic-nic. Elle nous appelle deux « ojek » (moto taxi) et nous accompagne quelques kilomètres plus loin dans ce qui ressemble à un village de pêcheurs dans la ville, en bordure de l’eau. 6H du mat, quelques maisons colorées d’où s’échappe de certaines une forte musique Rock’n roll ou reggae, les papous en sont fans nous dit elle ! Les habitants nous saluent avec de grands sourires, nous attendons un bon moment que le conducteur prépare son bateau . « Pelan pelan » (doucement) il ne s’agirait pas de se fatiguer de bon matin !

Enfin, nous montons à bord ! Le ciel est nuageux mais pas trop noir, je croise les doigts pour que nous n’ayons pas trop mauvais temps car la visibilité sous l’eau serait moins bonne. La mer est très calme par contre, un bon point. Nous naviguons environ une grosse heure et approchons un « bagan » sorte de gros bateau plateforme d’où trempent d’énormes filets de pêche. C’est là qu’on a le plus de chance de voir les géants tant espérés. En effet ils ont pour habitude de venir tourner autour de ces bateaux de façon à récupérer les petits poissons qui s’échappent des filets ou que les pêcheurs leur relâchent. Il y a plusieurs bagan, il faut donc les faire un par un jusqu ‘à trouver un des visiteurs.

Chance ! Dès que nous approchons le premier, les pêcheurs présents nous font signe en direction de l’eau en s’agitant ! Nous nous levons et apercevons un ailerons , devinons une énorme forme grise tachetée de blanc et voyons une gigantesque bouche qui affleure la surface à la recherche de plancton ou de poissons. Whaou !!!

J’avoue que même si nous avions très envie d’y aller , nous avions un peu peur… d’avoir peur ! Enfin, je nous connais et je savais qu’une fois sur place ça irait (nous avons déjà nagé avec plusieurs raies manta) mais j’appréhendais juste un peu. Pourtant en quelques secondes j’ai sorti les appareils photos sous marins (en priant pour qu’ils fonctionnent bien!) enfilé mon masque et mes palmes et j’ai sauté à l’eau sans hésiter une seconde ! A peine immergée je me retrouve à quelques mètres du géant ! Que c’est beau…. Je n’ai pas peur du tout, je suis juste émerveillée. Je m’approche immédiatement.

Le requin qui doit mesurer environ 8 mètres ( difficile à dire mais il semblait plus grand que notre bateau!) reste un long moment immobile à la verticale, la bouche scotchée à la surface car les pêcheurs profitent de leur envoyer des petits poissons restés dans leurs filets histoire de le garder près de nous. On s’approche très très prés, jusqu’à presque le frôler. On voit sa bouche immense qui aspire l’eau et les poissons, je filme quasiment à l’intérieur en sortant ma main au dessus de la surface,  c’est incroyable !

Nous avons passé en tout presque 2H à l’observer, il part, puis revient, je nage plusieurs fois au dessus de lui, je me mets à l’horizontale et le suis, il ne va pas vite, il faut croire que ça ne l’ennuie pas, et je reste là à juste au dessus de son corps, j’observe sa peau, qui a l’air si douce, épaisse et lumineuse, je me retiens de tendre la main (il ne faut jamais toucher les animaux sauvages au risque d’apporter des microbes!) c’est magique…

Par contre pour les photos c’est compliqué, même avec un grand angle, difficile de faire entrer ce géant en entier dans le cadre ! Haha ! Par contre je me suis plusieurs fois retrouvé face à lui et c’était comme s’il posait pour moi, impressionnant!

Ce qui rend cette sortie encore plus incroyable c’est que nous sommes seuls tous les deux. Ca n’a pas de prix de pouvoir vivre ça comme seuls au monde. En plus on sait que ces visites sont assez peu fréquentes, on n’ennuie pas ces poissons qui ont par ailleurs pris l’habitude spontanément de côtoyer des humains puisque chaque jour ils viennent saluer les pêcheurs en échange de quelques poissons. Nous sommes arrivés trop tard pour assister à la levée des filets de pêche. A ce moment là on peut voir plusieurs requin en même temps , ça doit être dingue ! Enfin, on ne va pas se plaindre, ce qu’on a fait était déjà incroyable. Espérons que jamais il n’arrive ici le tourisme de masse qu’on trouve ailleurs… Heureusement vu la difficulté d’accès je pense que ce n’est pas pour demain.

Nous avons ensuite décidé de remonter sur le bateau et là les pêcheurs nous ont invité sur leur bagan. Ca fait comme une passerelle faite de planches de bois et entre, pendent les filets. Histoire qu’on voit ça de haut ils ont fait du bruit dans l’eau pour que l’animal revienne. Effectivement on pourrait mettre bien plus dans sa bouche que de minuscules poissons !

Après ça, notre chauffeur nous a emmené sur une petite île déserte où nous avons pu nous baigner et pic-niquer, l’eau était super chaude, le repas délicieux, le soleil est sortis, un délice…

En route nous avons pu admirer plusieurs dauphins et une tortue la baie a un écosystème très riche.

Après cette belle journée remplie d’ émotions, j’ai enfin pu passer une bonne nuit entière de sommeil 😉

Pour finir ce séjour nous avons passé une journée à organiser la suite. Il a fallu acheter notre vol pour Wamena, la prochaine étape. Nous sommes sortis en bord de mer à la « Pantai Nabire » manger un « mie ayam », c’est pas que, mais c’était les 40 ans  d’Antony, ça valait bien une petite soupe  LOL

Le reste de la journée ne fut pas plus excitant, Antony avait pas mal de travail et moi le blog à tenir. Vu la lenteur du wifi ce fut laborieux.

Nous n’avons passé finalement que 3 jours à Nabire, ce qui est parfait car nous n’avons rien « gaspillé » ! Contre toute attente tout s’est organisé facilement et c’est assez incroyable !

D’ailleurs si vous projetez de faire comme nous, contactez Myriam, mais gardez en tête que tout peut ne pas se passer ainsi. Aujourd’hui c’est comme ça , demain cela peut être totalement différent, rien n’est fixé, tout se passe au bon vouloir des gens, et de la nature, du hasard, de la chance… Même si vous réservez à l’avance rien n’est certain alors ayez plus de temps que nécessaire, et soyez prêt à dépenser beaucoup plus ou à risquer de repartir bredouille. Un tel voyage est une aventure à part entière et il faut accepter de ne pas tout contrôler.

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Ce premier aperçu de la Papouasie me donne un avant goût ultra prometteur. Je ressens très fortement le caractère sauvage et la richesse de cette île. Nous avons pu apercevoir des forêts denses et mystérieuses , les gens sont adorables, j’ai hâte de faire d’autres rencontres, et les richesses des fonds sous marins restent encore à découvrir…

A suivre…

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2 Comments. Leave your Comment right now:

  1. by marie Planel

    Bonjour Marion,
    Recit agreable a lire et qui presente bien les realites indonesiennes !
    Je suis deja abonnee a la newletter
    Bon vent a tous les 2

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